Zone de Texte: La générication, véritable tremplin à l’essor des médicaments récents

Dans le dispositif actuel, même renforcé par la mise en place du tarif forfaitaire de responsabilité (TFR), l'abandon par l'industrie pharmaceutique de toute promotion auprès des médecins, des médicaments inscrits au répertoire des génériques, représente le principal obstacle à leur développement durable. 

La Commission des comptes de la sécurité sociale vient dans son dernier rapport d’estimer le potentiel d’économie pour l’assurance maladie liée à l’arrivée des nouveaux génériques d’ici à fin 2008 à 1,5 milliards d’€ au maximum. En effet, les molécules dont le brevet tombera dans le domaine public entre 2004 et 2007 coûtent actuellement 3,8 milliards d’€ à l’assurance maladie.

L’objectif du Ministre de la Santé et de la Protection social, rapporté dans la presse, serait de faire passer le taux de génériques de 12% à 23% en 2007.

Cependant, si aucune action promotionnelle efficiente n’est mise en place auprès des médecins prescripteurs, le générique risque fort de n’être en France qu’un "miroir aux alouettes". Ne nous laissons pas abuser par sa croissance actuelle, en trompe l’œil. Elle résulte essentiellement de l’élargissement rapide du répertoire des groupes de génériques au fur et à mesure que les brevets tombent. Car, sur le front arrière, pour les groupes de génériques plus anciens, les volumes de prescription chutent, parfois même s’effondrent, au profit de médicaments encore protégés et largement promus par l’industrie. 

Bien souvent ces médicaments de recours sans ASMR ou à ASMR mineure ou modeste, appartiennent à la même classe thérapeutique que le princeps génériqué (“Next-in class me-too”), à une classe thérapeutique plus récente (“Next generation mee-too”), ou encore, il peut s’agir de spécialités dites de "contournement" (nouveaux dosages, nouvelles formes galéniques du princeps…). Voir les courbes d’évolution princeps, générique(s) et médicaments de recours, présentées pages suivantes. 

Naturellement, ces stratégies ont une forte influence sur le comportement des prescripteurs. Le combat est trop inégal, d’un coté des traitements récents, promus à l’aide de moyens considérables, de l’autres l’abandon pur et simple de tout effort d’information des prescripteurs. Il s'en suit une substitution rapide de ces référentiels, qui tant sur le plan médical, que médico-économique, n’a pas toujours de valeur pour la collectivité nationale. Laquelle doit néanmoins les financer selon le sacro-saint principe de solidarité.

Les fabricants de génériques, lourdement déficitaires en France (voir l’analyse financière proposée au chapitre 6.2.), n’ont pas les moyens de financer une visite médicale. Ils sont toujours dans la stratégie du “First to market” et continuent de surfer sur la vague de l’élargissement du répertoire. Leur activité commerciale se réduit à la négociation des meilleures conditions de ventes avec les acheteurs : pharmaciens, groupements de pharmaciens (remises arrières). Les 2/3 des ventes sont effectuées en livraison directe du génériqueur aux pharmacies d’officines, et les grossistes répartiteurs interviennent peu sur ce marché. 

En matière de politique du médicament générique, il convient de rappeler que contrairement à l’Allemagne et au Royaume Uni, pays dans lesquels le médecin décide de prescrire un générique, la France a choisi de privilégier l’exercice du droit de substitution accordé au pharmacien. Encore faut-il que des ordonnances mentionnant des médicaments généricables continuent à lui parvenir ! … 

Sans promotion active auprès des médecins, et quelle que soit la qualité de la politique conventionnelle négociée avec eux, cela ne durera pas longtemps… Comme le rappelle fort justement le rapport de la Cour des Comptes sur la sécurité sociale (septembre 2004), les objectifs fixés par l’accord du 5 juin 2002 en contrepartie de la revalorisation de la consultation à 20€, et qui prévoyaient 25% de prescription en dénomination commune (DC), dont 12.5% de génériques, n’ont pas pu être tenus. En effet, d’après la Cour des comptes, fin 2003 seulement 7% des lignes d’ordonnances étaient rédigées en DC (8.3% d’après la revue Pharmaceutiques), et fin mai 2004, soient  deux années plus tard, les génériques représentent seulement 6.5% des montants présentés au remboursement (La progression des génériques : le point à fin mai 2004 ; Point de conjoncture N°28, août 2004, L’Assurance Maladie).

Le graphique à gauche ci-dessous illustre parfaitement la capacité qu’a l’industrie à bien anticiper la tombée des brevets de ses médicaments phares en réorientant ses efforts promotionnels sur les médicaments les plus récents. Malgré l’arrivée des génériques du MOPRAL®, 1er médicament remboursé en 2003, le poids des spécialités généricables dans le marché des remboursables n’a cessé de baisser depuis janvier 1998, passant de 26% à 12%. 






















D’après le Rapport de la Commission des comptes de la sécurité sociale (21 septembre 2004).


Zone de Texte: “Histoire naturelle” d’une générication – Évolution princeps, générique(s), alternative

 

 

 

Si les pouvoirs publics souhaitent pleinement hériter du “pactole” d’économies liées à la perte des brevets pharmaceutiques, ils ne peuvent se contenter du rôle d’observateur. Il leur revient de reprendre à leur propre compte et d’assumer totalement la responsabilité de la promotion de ces médicaments génériqués auprès du corps médical. Personne ne le fera à leur place, ni les génériqueurs, ni l’industrie pharmaceutique.

 

Soulignons que la “fenêtre de tir” est vraiment très étroite, puisque l’essentiel des “blockbusters”, équivalant à 84 milliards de $ de chiffre d’affaire valorisé en 2002 à l’échelle mondiale, seront génériqués d’ici 2008 (d’après Datamonitor).

 

Si aucune action n’est entreprise par les pouvoirs publics, il sera hélas bientôt trop tard pour agir, et ce gisement d’économies potentielles pour l’Assurance Maladie “fondra comme neige au soleil”..

La générication, véritable tremplin à l’essor des médicaments récents

Pour Une Prescription Plus Efficiente du Médicament

Institut PUPPEM