Pourquoi une visite médicale indépendante de l’industrie est-elle nécessaire ?

 

 

Les entreprises du médicament, comme tout acteur du secteur industriel, ont naturellement pour objectif essentiel, la recherche du profit maximal, et donc, de la plus grande réussite commerciale des produits qu’elles développent.

 

Par conséquent, on ne pourra jamais demander à un industriel de :

 

· Diffuser une information parfaitement objective : Le caractère impératif du succès commercial incite à ne mettre en avant que les avantages, et rarement les inconvénients, à cacher toute information embarrassante, comme les études cliniques négatives, les évaluations comparatives (avis de la commission de la transparence), les éléments concernant les coûts de traitement (constamment supérieurs pour les médicaments les plus récents), les effets indésirables, les interactions médicamenteuses… Ce sont les stratèges du marketing, chargés d’élaborer les argumentaires, qui gomment toute aspérité au discours commercial, le plus souvent par engouement, par parti pris, parfois même sciemment, et toujours à l’insu de leurs équipes de visiteurs médicaux, lesquels ne peuvent être tenus pour responsables. Le message épuré que ces derniers délivrent alors avec enthousiasme va toujours dans le même sens : Les nouveaux médicaments doivent systématiquement être perçus par leurs prospects comme plus efficaces et mieux tolérés. Leur coût n’est jamais ou exceptionnellement évoqué. De nombreuses campagnes marketing s’appuient sur l’exploitation d’études cliniques faites avec un groupe « placebo », ce qui permet de rendre évidentes les qualités du médicament promu. Les essais réalisés avec comparateur sont bien moins fréquents, sans parler du choix du comparateur… 

 

· Refuser des « boites » : Qui a déjà vu un visiteur médical refuser des prescriptions hors-AMM, ou un élargissement de la population cible de son médicament, un dépassement des posologies usuelles recommandées et des durées de traitement conseillées. Personne ne pourra empêcher un VM de refuser « des boites », même si elles sortent du cadre du bon usage du médicament…

 

· Promouvoir des produits qui ne sont plus rentables pour lui, comme les médicaments princeps génériqués.

 

Ce n’est certainement pas une charte de bonne pratique de la visite médicale qui rétablira l’objectivité de l’information sur le médicament. A cet égard, une version qui se veut humoristique de la future charte, prévue par la Loi de réforme de l’assurance maladie, et qui devra être négociée entre le CEPS et les représentants de l’industrie du médicament avant la fin de l’année 2004, est proposée ci-après.

 

Non pas qu’une telle charte semble totalement inutile. Mais, par ce qu’elle ne pourra malheureusement pas résoudre les principaux problèmes de non-qualité de la prescription.

 

Ce texte tente de lister un certain nombre de points pour lesquels il ne faudrait pas attendre trop d’un accord avec les industriels. Il ne vise qu’à nourrir une réflexion.

 

Donc, il ne faut pas compter sur l’industrie pour limiter par les informations thérapeutiques qu’elle diffuse, les prescriptions inutiles ou inadaptées…

 

Les médecins ne sont d’ailleurs pas dupes, en atteste l’enquête précitée de l’AFSSAPS. Interrogés, ils sont seulement 20% à considérer la crédibilité des informations des laboratoires comme « assez satisfaisante » et sont nombreux à réclamer une information sur le médicament indépendante de l’industrie. Le rapport de la Cour des Comptes (septembre 2004) ne vient-il pas encore de le souligner, en citant une enquête réalisée en janvier 2002 par le DGS, qui confirmait que 60% des médecins éprouvent le besoin d’une meilleure information sur le médicament.

 

Les pouvoirs publics ne peuvent s’affranchir de leur rôle important d’information en direction des professionnels de santé, simplement par l’envoi de courriers, lettres aux prescripteurs, plaquettes ou par la mise en ligne de documents téléchargeables sur leurs portails Internet, quelle qu'en soit la qualité.

 

Ce serait méconnaître profondément l’activité des médecins libéraux. Les plus actifs d’entre-eux, donc les plus forts potentiels de prescription, n’ont tout simplement pas le temps d’aller télécharger pendant une consultation la dernière recommandation sur la prise en charge du patient dyslipidémique ! …

 

Pour le médicament, la démarche efficiente de visite médicale s’impose. C’est l’approche reconnue comme la plus performante pour le plus grand nombre de médecins.

 

L’absence d’un contrepoids significatif ou d’un modérateur indépendant pour délivrer en face à face des informations sur le médicament, nuit au développement d’un esprit critique chez les professionnels de santé à l’égard des informations qu’ils reçoivent des industriels.

 

Cet esprit critique qui fait défaut et qu’il conviendrait de mieux cultiver chez eux, le rôle en revenant à l’État, serait pourtant bien nécessaire à l’accroissement de leur exigence de qualité envers les produits de santé, à une meilleure compréhension de l’amélioration réelle du service médical rendu à leurs patients par les médicaments qu’ils prescrivent, et à une meilleure prise de conscience de l’impact économique de leurs décisions.

 

Comment appeler à plus de responsabilisation chez les médecins, sans rééquilibrer un tant soit peu le flux d’informations qu’ils reçoivent sur le médicament.

Pourquoi une visite médicale indépendante de l’industrie est-elle nécessaire ?

 

 

 

 

 

 

 

1. J’inciterai mes médecins au strict respect des indications prévues par l’AMM. Et, tant pis si je ne touche plus aucune prime ! .

2. Surtout, je veillerai à ce qu’ils se conforment uniquement aux populations cibles définies par l’avis de la commission de la transparence. Et cela, même si je dois renoncer à être à nouveau la lauréate du « challenge » organisé par le labo et récompensé par 2 semaines de vacances à Rio de Janeiro ! .

3. Je prends l’engagement de visiter selon la même fréquence tout médecin de mon secteur, quel que soit son potentiel de prescription. En accord avec ma hiérarchie, je laisserai donc à la maison les outils performants de ciblage de mes médecins (ordinateur de poche, logiciels, croisement de fichiers...).

4. Je n’hésiterai pas à avouer spontanément le coût très supérieur de mon médicament par rapport à ses équivalents thérapeutiques.

5. J’énoncerai systématiquement l’ASMR de mon produit, même mineure (niveau IV) par rapport à un comparateur plus conventionnel ! .

6. Je fais totalement confiance à mes directions marketing et médicales, pour me fournir toute étude clinique importante, même défavorable à mes produits.

7. J’aborderai sans détour et avant même d’y avoir été invitée, les effets secondaires et interactions.

8. Si un générique de mon médicament existe déjà, je le mentionnerai sans hésiter une seule seconde  ! .

9. Je recommanderai fortement à mes médecins, d’utiliser en première intention les médicaments conseillés par les RBP, même s’ils ne sont plus promus par le(s) labo(s) (ex : princeps génériqués).

10. Je rappellerai à chaque fois la durée de traitement à ne pas dépasser. Surtout dans le cas des psychotropes que je présente.

11. Je serai capable de dire à mon médecin qu’il n’emploie pas mon médicament chez ses patients à la bonne posologie, au risque de le fâcher ! .

12. Assurément, ma direction changera le mode de calcul de mes objectifs et primes. Ma performance ne sera plus jugée sur des volumes de ventes ou la progression d’une part de marché, mais sur la proportion des prescriptions conformes à l’AMM, aux RMO, RBP, avis de la transparence…

13. Je préfère passer plus de temps sur un sujet d’intérêt général, comme l’observance ou les génériques, même si cela profitera davantage aux autres labos ! .

14. Par souci d’objectivité, je présenterai aussi les articles de la revue Prescrire, très critiques à l’égard de mon produit ! .

15. Je ne proposerai à mes médecins pas plus d’une invitation au restaurant par an, même pour mes meilleurs prescripteurs et mes plus forts potentiels.

16. Je ne ferai plus mon petit numéro de charme. Ainsi, j’éviterai soigneusement toute jupe un peu courte, talons hauts ou décolletés vertigineux, et j’opterai désormais pour le pantalon et un gilet non moulant.

17. Tout manquement à cette charte sera lourdement sanctionné par un triplement de mes primes ! .

 

 

Charte « humoristique » de la bonne visite médicale

Pour Une Prescription Plus Efficiente du Médicament

Institut PUPPEM